Assistance scientifique à la restauration

Les investigations scientifiques au moyen d'analyses faisant appel aux méthodes dites "non destructives", mais aussi à partir de plusieurs micro-prélèvements, avant et pendant la restauration, ont eu comme premier objectif de déterminer la nature et la provenance de matériaux présents et constitutifs de la matière picturale, qu'ils soient d'origine ou le résultat d'interventions de restauration antérieures. Aide au diagnostic et aux propositions de traitement du restaurateur, ces analyses apportent également des informations relatives à la technique du peintre.

Analyses

Les analyses ont été essentiellement focalisées sur les parties les plus dégradées telles que la chevelure du personnage central, et certains des éléments des décors et du fond. Elles ont utilisé des techniques spectroscopiques et la microscopie électronique à balayage.

Examen de la couche picturale au RAMAN

Examen de la couche picturale sans prélèvement
en spectroscopie RAMAN reliée par fibre optique.
(Photo : Carole Husson)

Il s'agissait d'identifier la nature chimique du vernis et/ou de la colle présents en surface et de la colle du rentoilage ; de déterminer la composition élémentaire des différentes couches stratigraphiques ; de mettre en évidence une éventuelle décoloration dans la robe de la jeune femme au balcon dont le tissu est apparu un peu plus rosé sous le papier de bordage lors de la dépose de celui-ci.

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Colle et vernis

La recherche initiale dans la zone du chapeau d'un vernis de surface, dont on pouvait observer la présence très résiduelle à cet endroit, a révélé une couche significative d'une colle animale, provenant très certainement d'une précédente restauration.

Amas d'adhésif sur un personnage

Détail d'un amas d'adhésif de refixage (colle de poisson)
sur le visage de la femme à l'éventail.
(Photo : Emilie Hubert, CICRP)

Une colle ayant servi lors du rentoilage et de la pose du papier de bordage a pu être identifiée, un prélèvement ayant pu être réalisé grâce notamment à sa présence débordante sur les contours du châssis. Il s'agit d'une colle à base d'acétate de polyvinyle (colle à bois). Au cours de la restauration, un adhésif de refixage a été identifié localement (sur la joue de la jeune femme à senestre) : une colle de poisson.


Stratigraphie

L'analyse des bleus (chevelure des deux personnages et autour de la bague du personnage central) a révélé du bleu d'Outremer. On retrouve ce pigment en mélange avec du noir de carbone dans les parties noires du chapeau. L'identification de ce mélange n'a pas permis d'établir une distinction entre les zones noires fragilisées et préalablement restaurées de celles considérées comme étant originales.

Les analyses révèlent, sur la bordure inférieure, du rouge de cadmium, pigment mélangé à du blanc de plomb et du sulfate de baryum, vraisemblablement en tant que charge, dans un liant huileux apparenté à de l'huile de lin. Du rouge de vermillon est également présent en faible quantité dans ces mêmes zones ainsi que sur la fleur dans les cheveux du personnage latéral et sur sa boucle d'oreille.

Un échantillon de couleur jaune moutarde prélevé dans le fond à proximité de la signature a pu être identifié comme une couche colorée à base de jaune de cadmium recouverte d'une couche de surface constituée d'ocre jaune.

Fond jaune, près signature

Fond jaune près de la signature
(Photo : Odile Guillon, CICRP)

Une étude cartographique en microscopie électronique à balayage a permis de réaliser la distinction analytique des différentes couches (voir illustration ci-dessous).

Stratigraphie vue au MEB

Microprélèvement dans le fond jaune près de la signature.
Statigraphie vue au microscope électronique à balayage (x 500)
(Photo : Laboratoire de la Police Scientifique de Marseille)

La couche jaune moutarde de surface a été appliquée en deux temps au-dessus de la couche de préparation blanche (n° 1 sur l'illustration ci-dessus), majoritairement constituée de blanc de Plomb additionné de blanc de Titane

La couche de surface (n° 3 sur l'illustration) est constituée d'un pigment ocre très chargé en oxydes de fer, auxquels s'ajoutent quelques grains de carbonate de calcium. Elle recouvre une deuxième couche (n° 2 sur l'illustration), plus fine, principalement constituée de jaune de Cadmium.

Les photographies colorisées montrent la répartition des éléments chimiques dans les couches successives de la stratigraphie.

Fer Calcium Cadmium

Le fer (à gauche) et le Calcium (au centre), sont des éléments constitutifs de la couche de surface (strate n° 3)
Le Cadmium (à droite) est constitutif de la couche située entre la couche de surface et la préparation (strate n° 2)
(Photos : Laboratoire de la Police Scientifique de Marseille)

Plomb Titane

Le Plomb (à gauche) et le Titane (à droite),
sont eux des éléments constitutifs de la couche de préparation blanche (strate n° 1)
(Photos : Laboratoire de la Police Scientifique de Marseille)

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Dégradation du ton mauve

La question de la dégradation (décoloration) du violet reste à l'état de supposition, les causes peuvent en être multiples. La couleur mauve apparaissant plus intense sur les bordures sous-entend la présence d'un pigment d'origine organique interagissant, à la fois, avec son milieu huileux et un environnement lumineux (U.V.) et/ou hygrométrique (humidité relative) très variable, catalyseur de modification colimétrique et chimique. Auquel cas cette couleur, présente sur l'ensemble du tableau, serait sujette à une décoloration uniforme. L'encadrement et le papier de bordage recouvrant les bords extérieurs du tableau joueraient donc un rôle protecteur. Une autre hypothèse serait un léger assombrissement de la partie restée à l'abri de la lumière (sous le papier et/ou sous la feuillure du cadre).

Bas du tableau : dégradation du mauve

Bord inférieur du tableau : dégradation du pigment violet.
(Photo : Emilie Hubert, CICRP)

Remerciement : Madame Véronique Lamothe, chef de la section physico-chimie du Laboratoire de la Police Scientifique de Marseille.

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Signature de van Dongen

Page mise à jour le 10 mars 2009.

C.I.C.R.P. - Centre interrégional de conservation et restauration du patrimoine
Groupement d'Intérêt Public à caractère Culturel
- 21 rue Guibal - 13003 Marseille

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