La première étape de tout projet de restauration consiste à décrire très précisément l'état de conservation de chacun des éléments constitutifs de l'oeuvre et à synthétiser ces observations en un diagnostic identifiant les causes des altérations d'où découleront les porpositions de solutions techniques.
Dans le cas présent, la surface de la toile est d'aspect hétérogène, elle présente aussi des salissures et un encrassement généralisé assez prononcé. Le vernis est oxydé et jauni. Les repeints des anciennes restaurations sont étendus et discordants.
La première phase a consisté à dégager la couche picturale des adhésifs, mastics et repeints successifs pour faciliter le traitement ultérieur du support.
Sont d'abord éliminés les éléments pouvant se solubiliser à l'eau (et/ou à la salive) : les salissures superficielles, les repeints discordants, les mastics blancs débordants et des amas de colles jaunies, puis le papier de bordage est supprimé.
A l'origine l'oeuvre n'étant vraisemblablement pas vernie, les vernis présents à la surface sont ceux d'anciennes restaurations. Leur jaunissement est une dégradation qui modifie la perception des couleurs.
Décrassage de la surface vernie, élimination des salissures.
(Photo : Carole Husson)
Le dégagement des repeints permet de découvrir certaines dégradations dissimulées, telles que les lacunes résultant des mauvaises manipulations subies par la toile. Ces anciens repeints, lourds et débordants, seront remplacés par un masticage et une retouche strictement limités aux zones lacunaires lors de la phase de réintégration de la couche picturale.
Dégagement des repeints.
A gauche : Après nettoyage du vernis. Au centre : Dégagement des repeints.
A droite : Le nettoyage révèle des lacunes jusqu'à la toile
(Photos : Carole Husson)
Les anciens masticages étaient, eux aussi, débordants et la lisibilité de l'oeuvre gagne à leur retrait et à leur remplacement.
Dégagement des mastics blancs débordants.
A gauche : Nettoyage du mastic. A droite : Elimination du mastic
(Photos : Carole Husson)
Les traces de colle d'un ancien refixage, jaunies au cours du temps, doivent également être éliminées.
Nettoyage de la colle jaunie.
A gauche : Avant nettoyage de la colle. A droite : Après nettoyage de la colle
(Photos : Carole Husson)
Cette dernière phase, d'ordre esthétique, consiste à restituer la lisibilité de l'oeuvre de manière illusionniste.
Après un dernier décrassage pour éliminer tout résidu de colle encore présent à la surface, les lacunes sont mises à niveau par un mastic. Un ragréage à sec du mastic permet d'éliminer tout reste pouvant déborder de la lacune ou autour et de lui donner un relief qui l'intègre dans la continuité de la matière originale environnante. Ainsi sont reconstitués dans le mastic l'aspect de la trame de la toile, le modelé des coups de brosse et les reliefs des empâtements.
Réintégration de la couche picturale par Carole Husson.
(Photo : Valérie Luquet)
Les bleus outremer de la chevelure et du chapeau sont partiellement altérés par une perte de saturation qui modifie la profondeur des tons. Afin de rétablir les rapports de tons de l'ensemble de l'oeuvre, une fine couche de vernis est appliquée localement. Ce vernis a également pour fonction de réduire l'absorption des mastics et de les isoler du matériau de retouche, facilitant ainsi sa réversibilité. L'aspect final est satiné et homogène. La différenciation entre la chevelure et le chapeau se perçoit mieux.
La réintégration chromatique concerne les lacunes des zones peintes et celles de la préparation blanche des zones où celle-ci a été laissée en réserve par l'artiste. La réintégration est effectuée avec des couleurs pour la restauration, stables et réversibles dans le temps.
Le personnage central, avant restauration (à gauche) et après restauration (à droite)
(Photos : Odile Guillon, C.I.C.R.P.)
Intervention sur la couche picturale réalisée par Carole Husson, restauratrice.
Page suivante : Assistance scientifique à la restauration