Effectué dans le studio de prise de vue du CICRP avant la restauration, le dossier d'imagerie scientifique comprend plusieurs clichés de nature différente. Leur confrontation va permettre de comprendre certaines altérations et participer ainsi à l'analyse et au diagnostic de l'état de l'oeuvre.
Si les photographies en lumière directe, sont un constat de l'état de l'oeuvre (avant, pendant et/ou après sa restauration), les photographies en lumière rasante, généralement en noir et blanc, mettent en évidence les accidents du support. En accusant les reliefs elles peuvent également montrer les aspérités de la couche picturale : craquelures, soulèvements, empâtements. Sur l'oeuvre, elles soulignent les forts empâtements de la lavallière et de la bague de la jeune femme au chapeau, la fleur et l'éventail de sa voisine. Les fils de la toile sont perceptibles et, dans le fond, des irrégularités de surface dues à des nodules de la colle du rentoilage.
A gauche : Lumière directe. A droite : Lumière rasante, irrégularités de surface de la toile
(Photos : Odile Guillon, CICRP)
Les photographies en lumière semi-rasante, en couleur, accusent le relief tout en conservant les couleurs de la couche picturale. C'est l'image la plus proche de ce qui est perçu par l'oeil. Les petits reliefs sont particulièrement mis en valeur par ces prises de vue (notamment la touche du peintre).
A gauche : Lumière directe. A droite : Lumière semi-rasante
(Photos : Odile Guillon, CICRP)
Les photographies de fluorescence d'ultraviolets permettent de visualiser des variations de nature de la couche de surface. La lumière violette émise par les "tubes de lumière noire" provoque la fluorescence de certains corps chimiques. Dans la plupart des cas, le vernis de surface émet une forte fluorescence : au-dessus de cette couche généralement jaune laiteuse, apparaissent des zones plus ou moins sombres, voire noires, révélant les interventions posées sur le vernis. Cet examen permet donc de distinguer les restaurations superficielles.
Sur la photographie de l'oeuvre utilisant cette technique apparaissent en taches sombres les repeints étendus du chapeau, un repeint sous la main posée sur la balustrade, les repeints des bords supérieurs et inférieurs, des repeints ponctuels disséminés dans la balustrade, le tissu au motif chinois, l'éventail, au bas du visage de la jeune femme à l'éventail et dans le fond.
A gauche : Lumière directe. A droite : Fluorescence d'ultraviolet en fausses couleurs, repeint sous la main
(Photos : Odile Guillon, CICRP)
Les photographies dans l'infrarouge, en noir et blanc, permettent de visualiser les couches sous-jacentes de la peinture, de mettre en valeur certains dessins préparatoires, de déceler les accidents profonds non visibles en lumière directe. Le terme infrarouge désigne le rayonnement du spectre qui se situe en énergie juste au-dessous du visible. Les matériaux sont plus ou moins transparents aux infrarouges ce qui permet de clarifier des oeuvres obscurcies ou délavées et de révéler certaines informations présentes sous les couches picturales : dessins préparatoires au fusain ou au graphite, repentirs. Le montage d'images en infrarouge fausses couleurs (IR fausses couleurs) est un artifice d'affichage permettant d'améliorer l'interprétation des images monospectrales en noir et blanc (les niveaux de gris sont artificiellement transformés en une gamme de couleurs plus finement lisible par l'oeil).
La photographie de l'oeuvre dans l'infrarouge permet de mieux distinguer la masse des cheveux, plus claire, de celle du chapeau, et les taches sombres sur celui-ci, qui correspondent à des repeints plus profonds. Elle semble montrer un repentir dans la main posée sur la balustrade dont un premier dessin pourrait faire apparaître un pouce et quatre doigts. La reprise du fond rouge entre les deux femmes par un ton un peu plus clair, mordant sur le bord de l'éventail, est mise en évidence.
A gauche : Lumière directe. A droite : Infrarouge, les cheveux paraissent plus clairs que le chapeau
(Photos : Odile Guillon, CICRP)
La radiographie est une image obtenue par transmission à travers l'ensemble de l'épaisseur de l'oeuvre. Un faisceau de rayons X traverse l'oeuvre dont les constituants absorbent plus ou moins les radiations en fonction de leur composition chimique. Les matériaux les plus denses arrêtent le rayonnement et apparaissent en clair sur la radiographie (support bois, châssis, clous et certains pigments), tandis que les matériaux les plus légers apparaissent plus sombres. Des compositions sous-jacentes réalisées avec des matières picturales denses se visualisent clairement à la radiographie.
La radiographie de l'oeuvre a, par exemple, révélé la présence insoupçonnée d'un profil de femme aux paupières baissées.
A gauche : Lumière directe. A droite : Radiographie, profil de femme apparaissant dans le fond
(Photos : Odile Guillon, CICRP)
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