Conservation
conservation préventive - conservation curative


Auteur de cette fiche :
Roland May (conservateur en chef, directeur du CICRP, chef du service conservation préventive).

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Sommaire :

Introduction

Définir la conservation est somme toute assez simple : préserver le bien de l'altération que peut causer le temps ou l'homme.

Aussi pour conserver des biens culturels représentant le fruit de la création, du travail, de l'histoire, de la mémoire, des croyances humaines, ne suffisait-il pas de les soustraire aux aléas qui jalonnent la vie quotidienne (accident, usage, destruction, vol...) ?

L'une des réponses fut ainsi de créer des lieux spécifiques destinés à remplir cette mission : archives, bibliothèques et musées et d'y placer ces biens culturels, certains rangés dans des réserves et des magasins, d'autres exposés ou communiqués au public mais tous "mis à l'abri".

L'autre, complémentaire ou parallèle, fut de les mettre "hors du temps" grâce à des dispositifs législatifs et réglementaires pour que ces biens culturels ne puissent retourner dans la vie quotidienne en les déclarant biens publics, inaliénables, imprescriptibles et pour ceux qui gardaient leur usage premier – essentiellement les biens culturels immobiliers – de définir des procédures de contrôle au nom de principes initiées sous la plume de Victor Hugo en 1825 : "Il y a deux usages dans un édifice : son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde ; c'est donc dépasser son droit que de le détruire".

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Une pratique d'abord institutionnelle et passive

La conservation des biens culturels a d'abord été, notamment en France, une pratique institutionnelle faisant de ce bien un "semiophore", objet perdant son usage et n'existant plus que par son signifiant selon la définition de K. Pomian.

La conservation des biens culturels est donc un choix politique au sens grec du terme "polis" : elle confère au bien culturel, par l'expression d'une conscience collective un usage différent de celui pour lequel il a été fait ou qu'il a connu pendant sa vie prépatrimoniale, car ce bien, de part son histoire, doit être transmis aux générations futures afin qu'il les inspirent ou qu'il témoignent d'un monde disparu.

La conservation, dans cette application, vise aussi à le préserver des aléas majeurs, incendie, vol qui pourraient entraîner son altération et sa perte. Elle concerne alors des dispositifs mécaniques ou humains de sécurité et de sûreté, mais également réglementaires : inscription sur un inventaire, photographie du bien, d'ailleurs précisés ou du moins recommandés dans l'approche institutionnelle évoquée ci-dessus.

La conservation des biens culturels a été essentiellement centrée sur ces questions pendant plus de deux siècles et cette conception se traduit encore aujourd'hui dans l'image commune de la "mise au musée" qui peut signifier autant un sauvetage qu'une inhibition.

La conservation était donc plutôt conçue comme une pratique passive dont l'action principale était cette "mise à l'abri" physique et juridique qui devait garantir la pérennité du bien culturel.

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Des missions de plus en plus complexes et dynamiques

Cette conception a évolué au cours de la seconde moitié du XXème siècle et s'est considérablement modifiée ces dernières décennies.

La conservation s'est en effet affirmée comme une pratique active face à une "mise à l'abri" perçue progressivement comme insuffisante. Cette évolution est due dans un premier temps à la prise de conscience de la matérialité de l'objet et à ses réactions par rapport à son environnement.. Ainsi a-t-on étudié les effets de la lumière, du climat et notamment de l'humidité relative sur les différents matériaux auxquels s'ajoute aujourd'hui, par exemple la question des polluants, de même de celle des infestations et des contaminations biologiques, connue mais probablement moins abordée hier qu'aujourd'hui. Préserver le bien de l'altération se révèle ainsi progressivement une mission bien plus complexe, nécessitant des regards vers la chimie et la physique des matériaux, une connaissance et une maîtrise de l'environnement sur des bases scientifiques.

La conservation a également changé de point de vue : hier centrée uniquement sur le seul bien, de part la méconnaissance des incidents environnementaux, elle aborde aujourd'hui le bien dans son environnement, faisant de la conservation et du patrimoine ce que l'écologie est à l'homme.

La seconde raison d'une conservation active se trouve dans une gestion très différente des biens culturels depuis une cinquantaine d'années avec le développement des politiques d'exposition et des prêts, du tourisme culturel et d'une volonté de les mettre à la disposition des publics. Voici qu'on les dote d'une vocation d'action culturelle, plus proche des risques de leur usage antérieure que de leur vie patrimoniale. La conservation doit certes faciliter aujourd'hui cette vocation, elle doit aussi en spécifier les limites.

Ces démarches de conservation sont devenues plus riches, plus complexes. Elles ont progressivement été théorisées afin d'élaborer des diagnostics, d'envisager les risques et les altérations potentielles d'un bien selon des situations données. Elles se déclinent dans une conception globale d'une situation et des possibles interactions. A une certaine passivité, répond aujourd'hui l'anticipation.

La notion de "conservation" avait besoin, pour affirmer ces nouvelles orientations, d'une dénomination plus dynamique. Sont ainsi apparues les notions distinctes de "conservation préventive" et de "conservation curative" (dans les années 1990 en France). Si cette distinction repose en effet sur des approches théoriques intéressantes permettant d'analyser les facteurs à risque et de développer une politique de prévention pour les réduire ou les éviter, des constats de dégradations à stopper grâce à des traitements curatifs, il faut reconnaître que la réalité mêle bien souvent les deux situations.

Elles recouvrent ainsi des paramètres multiples :

Elles s'inscrivent dans une nouvelle approche méthodologique fondée sur l'anticipation et la globalisation des problématiques (Gaël de Guichen) :

La conservation est devenue – grâce à son enrichissement sémantique de "préventive" - l'un des enjeux majeurs pour les biens culturels et une réelle prise de conscience des professionnels de la conservation matérielle et des décideurs, certains par conscience patrimoniale, d'autres par conscience économique, pour la préservation des biens culturels et de leurs apports à la société.

Comme la prose de Monsieur Jourdain, elle a été, d'une certaine manière redécouverte mais enrichie, théorisée et active dans sa pratique et ses méthodes, la définissant comme toute intervention directe ou indirecte sur une oeuvre ou un ensemble d'oeuvres pour assurer sa ou leur pérennité.

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Page mise à jour le 30 août 2007.

C.I.C.R.P. - Centre interrégional de conservation et restauration du patrimoine
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